Mais de quoi ou de qui homeland, peut-il bien être le nom aujourd’hui ?

Concept pour le moins polysémique, c’est-à-dire au contenu et au sens variable selon les époques, les lieux et les cultures, Homeland, évoque tantôt le lieu des origines ou de la naissance, la nation ou le peuple auquel on appartient, la  terre à laquelle on prétend… Chacun peut y entendre une référence au  foyer originaire, à sa chaleur, à la sécurité qu’on y a trouvé ou qu’on souhaite y retrouver, un signifiant qui dit d’où on est, voire qui on est, la trace d’un passé perdu, à conquérir ou à reconquérir, un  mythe, fondateur par essence !

Homeland est ainsi souvent associé à des sensations, des odeurs, des sons, des voix, des mots, des histoires, des visages, à commencer par  ceux des parents de l’enfant ou des enfants auxquels renvoient forcément  cette  notion… Ainsi pour les Allemands qui par ce concept en appellent d’abord  au père : « Vaterland » quitte à y associer (ou même à le remplacer par) le tendre  « Heimat », ou « Heimatland » qui fait quant à lui référence à ce « Home, sweet home » des anglais… C’est du reste ce dans quoi se reconnaissent aussi les français, italiens et autres latins, quand, soucieux d’exactitude, ils ajoutent au mot « patrie » qui est la traduction habituellement retenue pour « homeland » et qui vient du latin « pater » (le père),  sa partenaire naturelle et  qu’ils évoquent la « mère patrie », la « madrepatria ».

Voilà qui dit clairement que quand on évoque la patrie, il y a toujours des enfants qui trainent par là… et  c’est du reste eux que convoquent tant de chants patriotiques comme la Marseillaise, l’hymne national des français qui commence par l’injonction « Allons enfants de la Patrie… »

C’est donc d’enfants ou d’anciens enfants qu’il s’agit quand Homeland est évoquée, quand celle-ci est en danger ou quand elle vient à manquer, quand déchu de sa nationalité, chassé de sa terre, privé de sa patrie l’enfant du pays , « the native son », « das Kind des Landes » ou le « Geburtsbürger » se retrouve apatride. « staatenloss », « homeless »! 

 

C’est du reste aussi cette place d’enfant perdu, orphelin, sans repère, sans référence, à laquelle ce statut a pu les renvoyer, ne serait-ce que pour un temps, qu’évoquent les témoignages de nombre de ceux qui eurent à vivre cette expérience.

Une écoute attentive de quelques-uns d’entre eux n’est pourtant pas sans nous réserver quelques surprises quant à la «nature » exacte de cette perte et ce sont ces petites découvertes que nous nous proposons de verser au dossier de ces journées d’étude d’un signifiant au nom duquel l’humanité ne s’est semble-t-il jamais lassée de faire couler les larmes et surtout le sang !

 

Commençons par le témoignage du grand écrivain autrichien Stephan Zweig dont on connait l’histoire par son ouvrage autobiographique  « Le monde d’hier. Mémoire d’un européen ». Particulièrement intéressant pour notre propos en tant qu’il condense plusieurs cas de figure assez fréquemment rencontrés dans les populations dont le 3e Reich avait décidé « d’épurer » ses territoires[1], il parait en 1944 mais fut posté le 21.02.1942 à son éditeur depuis Petrópolis au Brésil où, après de longs mois d’errance, Zweig s’était réfugié et où il se suicide avec sa femme le 22.02 (c’est-à-dire le lendemain de cet envoi). L’auteur y relate quelques-uns des principaux épisodes de sa vie, l’ambiance et le patrimoine culturel de la Mitteleuropa où il a vécu, la « Kultur » dans laquelle il s’est construit. Il nous permet d’assister aussi à l’écroulement sous les bottes du nazisme de ce Monde d’hier et de cette Europe qu’il rêvait avec son grand ami Romain Roland, de voir reconstruits un jour sur la base des valeurs humanistes qu’ils partageaient.

 

Dans cet ouvrage, comme dans son journal et sa correspondance, Zweig dit aussi son vécu d’exilé puis d’apatride encore au sommet de sa gloire, ayant encore des amis et admirateurs partout dans le monde, parfaitement polyglotte, susceptible de retrouver plusieurs nationalités, ne manquant ni d’argent, ni de projets, mais néanmoins incapable de faire face à son destin. S’il ne lie pas explicitement sa  situation d’apatride à son suicide, on ne peut être qu’attentif à ce que ce géant de la littérature et de manière encore plus générale ce géant de la culture (à la fois au sens français de ce terme c’est-à-dire de  « connaissances des arts et des lettres, de l’histoire, des langues etc. . » mais aussi au sens allemand de « Kultur », « civilisation ») dévoile de ce qui au-delà des aspects matériels peut venir à manquer à celui qui n’a pas perdu que le droit de se dire allemand ou autrichien. Prisdans des contradictions qui l’ont profondément déstabilisé, Zweig évoque en effet aussi à plusieurs reprises sa difficulté à supporter d’être dépossédé par les lois raciales nazies non pas de ce qu’il avait mais de ce qu’il était. Tout semble se passer comme si  la  privation de sa nationalité en 1938 avait induit chez lui un sentiment de déchéance subjective et un effondrement narcissique. Celui qui restait adulé par des  millions d’admirateurs de par le monde ne semblait du coup plus pouvoir faire usage de ce qu’il était pourtant encore, pour pouvoir se restaurer à partir d’une nouvelle existence dans une nouvelle patrie.

Certaines de ses lignes ne sont pas sans nous faire penser à ce que la clinique nous donne à voir chez des tout-petits qui sombrent plus ou moins rapidement dans le désarroi lorsqu’ils sont abandonnés par leurs parents ou simplement séparés trop longtemps d’eux et que rien ne semble pouvoir les consoler. On y retrouve ainsi ce sentiment d’abandon associé à celui de solitude, que Dolto repère chez ceux dont la « mêmeté » d’être (le fait de se sentir pareil à soi-même) n’est plus assurée.

Au cœur de cette rupture avec lui-même, une opération de déliaison intime semble séparer le Prix Nobel de littérature de 1915 non pas de ce qui avait fait de lui le grand auteur qu’il est encore mais de l’Homme, du Mensch qu’il ne se sent plus être !

 

Sans doute et contrairement à Brecht qui, réfugié en Finlande en 1940-1941,  fait dire à l’un de ses personnages désabusés des Dialogues d’exilés : « Le passeport est la partie la plus noble de l’homme. D’ailleurs, un passeport ne se fabrique pas aussi simplement qu’un homme. On peut faire un homme n’importe où, le plus étourdiment du monde et sans motif raisonnable ; un passeport jamais. Aussi reconnaît-on la valeur d’un bon passeport, tandis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas forcément reconnue.»  Zweig ne mesure pas sa valeur à son passeport. Il ne lie pas non plus son avenir à cette seule question de la déchéance de nationalité et peut-être d’autres motifs[2][3] le conduisent-ils à décider de mettre un terme à sa vie.

 

On peut cependant noter que les affects qu’il décrit ici en lien avec son « statut » d’apatride, sont les mêmes que ceux qu’il m’a été donné d’entendre dans mon entourage ou chez des patients qui évoquaient cette période où ils furent  « persona non grata » et où « On se montrait, comme le dit Zweig, méfiant à l’égard de cette “sorte” de gens à laquelle soudain [il appartenait], de ces gens sans droits, sans patrie, qu’on ne pouvait pas, au besoin, éloigner et renvoyer chez eux comme les autres, s’ils devenaient importuns et restaient trop longtemps. » Comme d’autres, Zweig est en effet aussi devenu un de ces étrangers, dont on ne pourrait que difficilement se débarrasser, un de ces xénos menaçant dont nous avons dit ailleurs[4] qu’ils peuvent susciter la haine de celui qui est lui-même incertain de ses références identitaires.

Et ça aussi, il ne semble pas pouvoir le supporter.

Pour lui comme pour nombre de ces apatrides initialement parfaitement intégrés à leur milieu (ou croyant l’être), le rejet s’avérait d’autant plus violent qu’il était redoublé par le fait de se voir imposer une autre identité que celle qu’ils considéraient comme la leur, qu’ils s’étaient construits et sur laquelle il pouvait compter jusque là. L’assignation d’identité (par un tiers) et donc l’obligation qui leur été faite par les nazis de se déclarer, de se reconnaitre et donc de s’identifier en tant que juifs, et seulement en tant que tels, s’avérait ainsi véritablement traumatisant dans la mesure où rien, ou pas grand-chose, si ce n’est leur « arbre généalogique » et les délires génétiques racistes, ne les associaient à cette autre identité.

 

De l’ensemble des propos de Zweig on peut donc déduire que ce n’est pas davantage de la perte d’une supposée germanité ou de quelque autre appartenance à un autre « peuple » duquel il ne se réclamait pas, que de la perte de la terre de ses ancêtres qu’il ne peut faire son deuil. C’est quelque chose de plus fondamental, de plus « archaïque », de plus originel que de ce que pouvait représenter la patrie (Vaterland, terre du père), dont il souffrait. Et cet élément plus fondamental car fondateur, on peut faire l’hypothèse que c’est de la langue qui s’y parlait, la langue maternelle, Muttersprache, qu’il ne pouvait assumer de la perdre .

 

Tel est en tous cas le cas de la philosophe Hannah Arendt, qui avait découvert dans les insultes racistes de ses petits camarades aryens dument formatés, qu’elle était juive, et qui avait fui l’Allemagne nazie en 1933 pour finir par être naturalisée américaine en 1951. Dans plusieurs de ses écrits[5] elle précise à ce propos qu’en plus d’avoir perdu leur foyer, la familiarité de leur vie quotidienne, leur profession, l’assurance d’être utile en ce monde, le sentiment de sécurité, c’est surtout la perte de la langue maternelle qui avait constitué un véritable traumatisme pour nombre d’apatrides comme elle, car avec elle c’étaient, disait-elle  « nos réactions naturelles, la simplicité des gestes et l’expression de nos sentiments » qui avaient été perdues.[6][7]

Cette langue maternelle, dans laquelle elle savait encore réciter à la fin de sa vie des dizaines de poèmes par cœur, c’est précisément celle qu’elle ne pouvait reconnaître dans la « novlangue » que se mirent à parler ses anciens compatriotes à partir de 1933 et que Victor Klemperer a si précisément analysée dans son LTD. La langue du 3e Reich[8] .

 

Or c’est cette même expérience de ne pas pouvoir non pas comprendre mais reconnaitre leur langue maternelle, dans la langue qui se parle autour d’eux, que décrivent nombre de russes dont Svetlana Alexiewitch a recueilli les témoignages dans son ouvrage « La fin de l’Homme rouge ou le temps du désenchantement », (en russe : « Время секонд хэнд.Конец красного человека »)à propos de cet exil de l’intérieur qu’a été pour de nombreux citoyens de l’ex URSS la  disparition de ce qui fut leur patrie.

Comme vous le savez sûrement, cet ouvrage rapporte les témoignages et les propos désabusés d’ex-soviétiques sur les changements sociaux brutaux qu’ils ont subis, entre 1990 et 2012 avec la fin de l’URSS. Partant de « questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu… » l’auteur cherche à « insérer la catastrophe dans un cadre familier » et tente de rendre compte des émotions, du vécu affectif de ceux qu’elle écoute. Et ces propos que nous apprennent-ils ? Qu’ils ont été nombreux ceux qui, désemparés, sombrèrent dans le plus complet désarroi et combien furent difficiles ces temps qui suivirent la rupture du paradigme communiste, avec son mépris de l’argent et du capitalisme et la disparition de la culture intellectuelle, qui l’accompagna, et ceci pas seulement pour des raisons matérielles.

Ils nous apprennent aussi la terrible épreuve subjective et la déchéance de celui qui avait pu être un « homme nouveau soviétique »(новый советский человек, novy sovietski tchelovek) et qui en quelques jours ne se retrouva plus qu’un « pauvre Soviet ringard» (en russe : « homo sovieticus » selon la très méprisante expression de l’écrivain et sociologueAlexandre Zinoviev[9] ). C’est-à-dire pas grand-chose !

Dans cet ouvrage Svetlana Alexiewitch, qui reçut le prix Nobel pour son œuvre en 2015, donc juste un siècle après que Zweig ait été récompensé du même prix, part du constat que «  Le communisme avait un projet insensé : transformer l’homme « ancien », le vieil Adam. Et [que] cela a marché… »  Elle ajoute même que « C’est peut-être la seule chose qui ait marché… »[10]  Elle montre ensuite comment certains de ses compatriotes, cinquante ans après l’expérience de ceux que les nazis avaient chassés de leur patrie, dans un tout autre contexte et 11.000 km de Pétropolis, privés de ce qui donnait un sens à leur vie, ont sombré dans la même tristesse, la même déréliction et les mêmes souffrances psychiques que les apatrides des années 30-40. 

 

Si on peut y lire quels furent les effets délétères de la désillusion qui suivit ces temps où « Tout le monde rêvait d’une nouvelle vie… [où] on rêvait que les magasins allaient regorger de saucissons [qui était alors la référence absolue] au prix soviétique, et que les membres du Politburo feraient la queue comme tout le monde pour en acheter… », on peut en effet aussi y constater qu’il est impossible de réduire les effets de la dissolution de l’empire soviétique à ses seules incidences matérielles. Pour Alexiewitch, si la misère contribua sans doute largement à augmenter la souffrance morale et à remettre très sérieusement en cause l’équilibre psychique d’une partie de la population, elle n’en fut surement pas la seule cause. 

Ainsi, parmi d’autres et à propos des changements que subit son pays, Anna Maia, une architecte de 59 ans, citée dans ce livre, s’écrie « Ce monde n’est pas le mien. Je ne suis pas chez moi, ici.» « Ce pays m’est étranger ». Cette langue  qui l’informe de ce qui est désormais important, si elle en comprend les mots, elle n’en comprend pas le sens « à présent que ce qui était petit est devenu grand ».(Alexiewitch, p.18)

 

Cette « novlangue » du Marché et du libéralisme qui règnent en Maitre absolu depuis les années 90 sur les pays de l’ancien bloc communiste comme sur une grande partie du reste du monde, ne leur parle pas. Les mots qui n’évoquent que les affaires et les moyens d’en faire, sans référence à aucun autre objectif que celui de s’enrichir, n’appartiennent pas à leur vocabulaire. Les discours économiques sur les investissements, la bourse et les placements ne les concernent pas et ils ont le plus grand mal à s’intéresser aux petites comme aux grandes magouilles qui servent à remplir les comptes bancaires comme aux reportages illustrés de photos magnifiques que consacrent les magazines aux nouveaux héros que sont les businessmen, les banquiers et autres « nouveaux Russes » richissimes.

Alexiewitch montre que non seulement nombre d’entre eux ne s’en relèvent pas, mais aussi combien l’alcoolisme et le suicide firent de ravages. Et là aussi on peut entendre des paroles témoignant d’un désarroi, d’une solitude d’autant plus terrifiante que dans leur propre famille, leur propres enfants, souvent mieux adaptés au système avec lequel ils sont nés, les moquent et les méprisent.

Elle dit aussi la vacuité, les limites et les pièges que tend l’ultralibéralisme à cette société trop longtemps frustrée de ce minimum de confort devenu en quelques mois besoin absolu et leurrée par toutes les promesses du consumérisme .(J’ai traité de ce thème ici même lors du colloque organisé par l’Institut de psychanalyse de Kiev en 2012.[11]

Alexiewitch complète son propos en montrant comment la religion parait à certains en mesure de représenter une solution alternative et elle évoque aussi la tentation pour les plus combatifs (peut-être aussi ceux que mobilisent suffisamment leurs souffrances identitaires) de vouloir réenchanter leur monde en perdition en en appelant à la violence, la création de nouveaux états, plus forts, plus à même de  leur garantir leur identité vacillante. On sait comment dans ces circonstances de nouveaux discours patriotiques, voire nationalistes, qu’on aurait pu croire d’un autre temps, revirent le jour et comment les laissés pour compte du nouveau système s’empressèrent parfois de lutter contre leur désarrois par de nouveaux discours de haine et d’exclusion et par la mise en œuvre de nouvelles xénophobies[12]

 

Conclusion : 

J’ai tenté en partant de l’expérience des apatrides chassés de leur pays par les nazis et de celle des exilés de l’intérieur de la fin de l’URSS, de contribuer à préciser ce que pouvait recouvrir le signifiant Homeland aujourd’hui.

En rapprochant une part du vécu de certains rescapés de la Shoah de celui  de ceux qui réchappèrent des tourments qui suivirent la dissolution de l’empire soviétique, j’ai voulu montrer que des hommes et des femmes aussi éloignés dans le temps, l’espace et différents par leurs histoires et leur culture, pouvaient partager une même expérience du déracinement, du désespoir et de la déréliction.

J’ai également voulu rappeler que cette expérience est celle des enfants abandonnés et privés de ce qui a pu faire, jusqu’au moment de la « catastrophe »[13], référence pour eux.

J’ai enfin voulu rapprocher toutes ces expériences en raison de leur lien commun avec la perte de ce qui permet de rester dans la « mêmeté » de l’ être.

A défaut de pouvoir en donner une définition objective, et dire de quoi ou de qui Homeland peut être le nom aujourd’hui, j’ai tenté ce faisant de montrer ce à quoi ce signifiant ne peut en aucun cas être réduit : une terre natale qui nous a vus naître et où nous avons grandi, mais qu’il renvoie néanmoins à ce qui a présidé à notre construction subjective, ce qui nous est propre et a pu faire référence pour chacun de nous.

A ce titre Homeland est peut-être le nom de ce qui ne peut que disparaitre quand l’alpha et l’oméga d’une société se trouve réduit à des discours aussi peu à même de faire durablement référence et si délétères pour la construction de la subjectivité, qu’il s’agisse de ceux du fascisme, du nazisme ou encore du… néolibéralisme !

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[1] en allemand « judenrein»= « pur de juifs »

[2] Francis Huster, 2015, L’énigme Stephan Zweig, Paris, Le Passeur éditeur. 

[3] Dominique Frischer, 2011, Stephan Zweig. Autopsie d’un suicide, Paris, Éditions Écriture

[4] Claude Schauder, Self-hatred, hatred of other and hatred for the other people,Psychoanalysis chronicle, (Kiev, Ukraine), 2015,1, 18, ( pp 124-135)

[5] Voir en particulier Anna Arendt, Seule demeure la langue maternelle, Esprit, n°6, «  Hannah Arendt » juin 1985, p.19-38. Interrogée en 1964 par un journaliste qui lui demande si l’Allemagne qu’elle a dû fuir ne lui manque pas trop, elle lui répondra encore : «  L’Europe pré-hitlérienne ? Je ne peux pas dire que je n’en ai pas la nostalgie. Ce qui en est resté ? Il en est resté la langue ».

[6] Anna Arendt, Nous autres réfugiés, Ecrits juifs, Paris, Fayard, 2011, p.421

[7] On peut se demander si c’est afin de préserver une part de ce que cette langue maternelle véhiculait encore pour elle, cette part de ce Monde d’hier dont Zweig n’avait pu se passer, que comme d’autres  et quoique parfaitement bilingue et vivant aux USA depuis longtemps , Anna Harendt, a conservé jusqu’à la fin de sa vie son accent allemand.

[8] Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue, Paris, Albin Michel, Agora, Pocket, 2003 (réed.)

[9] Alexandre Zinoviev, Homo Sovieticus, Paris, Paladin, 1986

[10]Svetlana Alexievitch, «La fin de l’Homme rouge ou le temps du désenchantement »,  2013 p.17

[11]Claude Schauder, Don’t worry! Be happy” in World psychoanalytic congress, “The politics of happiness”, Papers;  May 24-27, 2012. Kiev. Ukraine

[12]Claude Schauder, Self-hatred, hatred of other and hatred for the other people, op. cit

[13]Si nous savons bien que ces exilés de leur pays de naissance comme ceux dits de l’intérieur n’eurent pas tous les mêmes réactions extrêmes et désespérées d’un S. Zweig, la clinique et la littérature ont néanmoins démontré qu’ils furent nombreux à ne pouvoir résister à la disparition de ce qui leur permettait de continuer à être et que dans les groupes humains auxquels ils appartenaient la morbidité fut plus importante qu’ailleurs.

 

Published by I.S.A.P. - ISSN 2284-1059