Recensione a: René Major, “Archivologie II”

René Major, Archivologie II, Editions Furor, Genève, 2025

Mentre siamo senza dubbio ancora lontani dall’aver colto pienamente la portata del primo volume Archivologie, René Major persiste, e firma per le Éditions Furor il secondo di quella che dovrebbe essere un’archiviologia in tre volumi. Pensare la traccia e la sua cancellazione rimane il filo rosso, come indica la quarta di copertina: “L’ipotesi giustificata dell’inconscio suppone l’esistenza di tracce sottoposte a cancellazione che, rimosse, negate, precluse, vengono archiviate e anarchiviate nella psiche: un’archiviologia”

Nel rileggere alcuni di questi testi, in parte esauriti e in parte ancora inediti, e nello scoprire tutti i nuovi tasselli (in particolare Il potere infantile e La verità di Foucault) delle costruzioni di uno dei più grandi decostruttori delle nostre ineliminabili illusioni, si rimane colpiti dalla forza sovversiva e dall’urgenza del messaggio, che rimane in parte inascoltato.

I dieci testi che compongono questo nuovo volume risuonano con i dieci del volume precedente, senza che il lettore sia obbligato a cominciare dal primo volume. Come dire che si può entrare come si vuole nell’immensa opera di René Major, non perché la lettura sia sempre facile – siamo di fronte a un rigore raro e a una grande esigenza di pensiero – ma perchè quest’opera costituisce di per sé una sorta di ospitalità incondizionata, tanto è generosa.

Se ci risulta difficile tener conto delle lezioni del passato, e l’attualità non cessa di ricordarcelo, bisogna riconoscere che la psicoanalisi non sfugge a questa resistenza a pensare nozioni così importanti come la crudeltà, la quale si esercita da sempre e ovunque nel mondo, o ancora la sete di potere, che prende a volte la forma di una pulsione di sovranità che non è altro che l’al di là del principio di piacere.

René Major propone di lavorare questo impensato proponendo una pratica che permetta di passare dalla scena psichica alla scena sociale, che certo non si confondono, ma si riflettono l’una nell’altra, e questo avanzando la nozione di desistenza [désistance]: si tratta per l’analista di desistere [désister] senza mai rinunciare a insistere [se désister]. Di disfarsi dal potere che può esercitare sull’altro. Di disinstallarsi da ogni verità, potremmo dire, e di non lasciarsi mai assegnare a una residenza fissa [se laisser assigner à résidence: assegnato ai domiciliari]. Di non consistere troppo sul proprio nome, anche se, d’altra parte, sarà comunque necessario parlare a nome proprio. E di prendere atto del fatto che non esiste un essere analisti che possa vantare una legittimità.

René Major insiste sul verbo desistere [désister], da intendersi nella forma attiva, non pronominale. Per pensare a ciò che egli chiama la decostituzione e la ricostituzione del soggetto, non si tratta affatto per l’analista di disimpegnarsi, ma di identificarsi e disidentificarsi a turno ai differenti protagonisti della scena transferale, in modo indecidibile. Per far questo è necessario tenere conto del raddoppiamento delle figure e di non ignorare il fatto che siamo coinvolti nella scena, e non solo, nelle scene di eredità di cui è fatta la storia della psicoanalisi.

Ma si tratta anche di pensare la desistenza come ragione della politica, come ragione dell’inconscio, vale a dire pensare – seguendo Freud – un altro legame sociale, un legame sociale “analitico”, che sarebbe in un “rapporto di non potere al potere”.  Potremmo cominciare a sognare, con René Major, senza troppe illusioni ma anche senza alibi, che al di là della verità potrebbe esserci l’amicizia, una politica dell’amicizia? E questo non sarebbe evidentemente senza Derrida. Ma non ci siamo ancora.

Per questo René Major ritorna, approfondendoli e mostrandone le figure attuali, sui motivi più decostruibili per esercitare il potere nel nucleo familiare, nella coppia, nella sfera privata o pubblica, per asservire l’altro, per annientarlo o – su scala nazionale – per dichiarargli guerra.

Sfuggire alle opposizioni binarie per tenere conto della complessità, esigere un supplemento di analisi, reperire le identificazioni immaginarie, per rispondere della più grande responsabilità da parte dell’inconscio: questo è il compito, tanto impossibile quanto possibile, che può darsi una psicoanalisi ancora a venire. A questo ci invita questa nuova fetta di archiviologia. E dovremmo ascoltarla di questi tempi particolarmente crudeli.

 

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Alors que nous sommes sans doute encore loin d’avoir pris toute la mesure du premier volume, René Major persiste et signe aux éditions Furor le deuxième tome d’une archivologie qui devrait en compter trois. Penser la trace et son effacement demeure le fil rouge comme l’indique la quatrième de couverture : « l’hypothèse justifiée de l’inconscient suppose l’existence de traces sous rature qui, refoulées, déniées, forcloses, s’archivent et s’anarchivent dans la psyché : une archivologie. »

A relire certains de ces textes qui étaient pour certains épuisés, pour d’autres encore inédits et à découvrir les toutes nouvelles pièces (notamment le pouvoir infantile et la vérité de Foucault) de la construction d’un des plus grands déconstructeurs de nos indéracinables illusions, on reste frappé par la force subversive et l’urgence du propos qui demeure en partie inouï.

Les dix textes qui composent ce nouveau volume résonnent avec les dix du précédent, sans que le lecteur soit contraint de commencer par le tome 1 : autant dire qu’on entre comme on veut dans l’œuvre, immense, de René Major, non que la lecture en soit toujours très facile – nous sommes là devant une rigueur rare et une grande exigence de pensée – mais parce que cette œuvre constitue à elle seule une manière d’hospitalité inconditionnelle tant elle est généreuse.

Si nous avons du mal à prendre en compte les leçons du passé, et l’actualité ne cesse de nous le rappeler, il faut reconnaître que la psychanalyse n’échappe pas à cette résistance à penser des notions aussi importantes que la cruauté qui s’exerce depuis toujours partout dans le monde ou encore la soif de pouvoir, qui prend parfois la forme d’une pulsion de souveraineté qui n’est autre que l’au-delà du principe de plaisir.

Travailler cet impensé en proposant un praticable permettant de passer de la scène psychique à la scène sociale, qui certes ne se confondent pas, mais se reflètent l’une dans l’autre, c’est bien ce que propose René Major en avançant la notion de désistance : il s’agit pour l’analyste de désister, sans jamais se désister. De se défaire du pouvoir qu’il pourrait exercer sur l’autre. De se désinstaller de toute vérité, pourrait-on dire et de ne jamais se laisser assigner à résidence. De ne pas trop consister de son nom propre quand bien même par ailleurs il lui faudra parler en son nom. Et de prendre acte du fait qu’il n’y a pas d’être analyste qui viendrait se prévaloir d’une légitimité.

Et René Major d’insister sur ce verbe désister, à entendre à la voie active, non pronominale. Pour penser ce qu’il nomme la déconstitution et la reconstitution du sujet, il ne s’agit nullement pour l’analyste de se désengager, mais de s’identifier et de se désidentifier tour à tour aux différents protagonistes de la scène transférentielle, de façon indécidable. Pour cela il est nécessaire de prendre en compte le doublement des figures, et de ne pas ignorer que nous sommes pris dans la scène, et au-delà, dans les scènes d’héritage dont est faite l’histoire de la psychanalyse.

Mais il s’agit aussi de penser la désistance comme raison du politique, comme raison depuis l’inconscient, c’est-à-dire penser à la suite de Freud un autre lien social, un lien social « analytique », qui serait dans un « rapport de non pouvoir au pouvoir. » Nous pourrions nous prendre à rêver, avec René Major, sans trop d’illusions mais sans alibi non plus, qu’au-delà de la vérité, ce pourrait être l’amitié, une politique de l’amitié ? Et ce ne serait évidemment pas sans Derrida. Mais nous n’en sommes pas encore là.

C’est pourquoi René Major revient en les approfondissant et en en montrant les figures actuelles sur les motifs les plus déconstructibles d’exercer le pouvoir dans la cellule familiale, dans le couple, dans la sphère privée ou publique, d’asservir l’autre, de l’anéantir ou à l’échelle des Etats de lui déclarer la guerre.

Déjouer les oppositions binaires, pour prendre en compte la complexité, réclamer un supplément d’analyse, repérer les identifications imaginaires, pour répondre de la plus grande responsabilité depuis l’inconscient, c’est la tâche aussi impossible que possible que peut se donner une psychanalyse toujours à venir. C’est ce à quoi nous invite cette nouvelle tranche d’archivologie. Puissions-nous l’entendre en ces temps particulièrement cruels.

Bio:

Anne Bourgain, Professoressa al dipartimento di psicoanalisi dell’ Université Paul Valéry-Montpellier.

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European Journal of Psychoanalysis